[...] " Anaëlle par des séries de photographies, capte et nous donne à voir un monde plein de mystère. Des ombres se profilent au bout d'un chemin, une chaise ou un lit semblent nous dire qu'il y a encore pas très longtemps des personnes habitaient là, il sont partis rapidement, une autre photo, un oreiller, le canon d'une carabine, douce violence, a-t-elle servi? Elle saisit avec précision le monde qui l'entoure. Elle habite au creux de l'Aveyron, en pleine campagne, là où les histoires, les légendes prennent racines et elle, avec son appareil photographique pour seul outil, il suffit qu'elle sorte faire une simple promenade pour que ce monde calme se transforme en histoires plus mystérieuses les unes que les autres. C'est un travail qui cherche l'essentiel, qui provoque les choses très simplement, qui met en situation une seule action et qui comme par miracle, quand on l'observe bien nous donne à lire mille histoires. Ses œuvres ne sont jamais illustratives d'un propos, elle nous permet simplement de le faire à sa place. " […]

Raoul Hébréard, Commissaire de l'exposition personnelle Mobiles Apparents, au Centre Culturel de la Ville de Saint-Raphaël, 19 avril-19 mai 2014


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Atteindre l’au-delà par l’image. C’est de cette manière que nous pourrions définir l’objectif artistique d’Anaëlle Berroche.

         S’appuyant sur la connaissance du symbole, qu’il soit profane ou religieux, Anaëlle Berroche aspire en effet à mettre en exergue l’absence, l’impalpable, cherchant à provoquer une forme d’introspection et de réflexion chez celui qui observe ses œuvres. À travers une pratique photographique, l’artiste tente depuis plusieurs années de saisir l’insaisissable. Cette démarche s’engage au départ sur la voie de l’observation de la danse et du mouvement, le corps dansant dégageant une énergie, voire même une aura, perceptibles seulement à travers l’objectif. Cet intérêt mystique va progressivement basculer vers un désir de figurer le sacré, suscité par la ferveur religieuse madrilène découverte lors d’un séjour d’une année en Espagne. Mais c’est aussi son lieu de vie, une campagne aveyronnaise et de nombreuses églises jalonnant le département ou encore la présence du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, qui vont l’inspirer pour de nombreuses séries photographiques.
Cette évolution va déboucher sur une recherche de thématiques plus larges, la photographie permettant la représentation de symboliques très fortes passant par la mise en scène de nombreux éléments. La mort va progressivement se révéler, mais toute en suggestions, sans aucune confrontation directe. L’imaginaire et le ressenti prennent le dessus, associés parfois à une pointe de malaise. Le croisement du réel et de l’illusion mettent en exergue une présence que chacun peut ressentir mais que l’on ne peut atteindre. Ces œuvres sont donc les images d’une quête perceptive sans fin.
La photographie semble être la plus à même à répondre à ce cheminement finalement si personnel pour le spectateur, mais surtout de la part de l’artiste. Il faut dire que la prise de vue correspond tout à fait à la personnalité d’Anaëlle Berroche, par ce besoin permanent de mise en place, de protocole, d’investigation personnelle dont ses créations sont le reflet probable. Le récit, élément fondateur et fondamental de son travail, fait partie intégrante de son processus créatif, mais c’est en fin de compte pour aboutir à des photographies toujours plus autonomes dans l’intention et dans l’esthétique. Avec l’utilisation de contrastes forts créant d’importantes masses noires ou l’intégration de personnages, tout semble nous guider dans un cheminement au-delà du réel.
L’œuvre d’Anaëlle Berroche paraît recéler des questions sous-jacentes, la première portant sur l’utilisation du signe sacré qui semble encore tellement risquée actuellement alors que la démarche s’est développée avec l’essor de l’art moderne il y a déjà un siècle. Mais l’artiste ne recherche pas la confrontation ou la critique. C’est dans une perspective plus large qu’elle se place, celle de faire jaillir nos symboles contemporains de la tragédie et du choc. Les traces de violence présentes dans ses œuvres sont là pour interroger des images familières et attirantes que chacun croit déjà connaître, parvenant de fait à les réinterpréter à nouveau. Une violence apparente, finalement assez douce, vouée avant tout à nous pousser à la méditation.

Marie Tuloup, texte catalogue Poursuite IV, Exposition collective à l'Hôtel Rivet, Nîmes, Novembre 2012- Janvier 2013

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